La partition chorégraphique : son histoire et son évolution

La danse s’élabore dans le secret des studios, dans une relation singulière entre chorégraphe et interprètes. Mais dans cette réflexion, s’immisce parfois un petit intrus, un simple morceau de papier : une partition chorégraphique, qui reflète parfois bien plus que de simples pas, mais aussi des émotions, des états, des intentions


Comme vous l’aurez compris, aujourd’hui, nous allons parler d’un sujet passionnant : la partition chorégraphique et plus généralement la notation dans la danse.

Les premières traces de partitions.

La première trace de notation de la danse remonte à l’époque du roi Soleil, au 18ème siècle. Dans la cour du roi, on danse alors la danse baroque. Une danse assez simple au niveau technique (sans recherche de virtuosité), qui joue beaucoup sur les déplacements et les costumes. Un style assez simple, donc pour être retranscrit sur le papier. Ce serait d’ailleurs Louis XIV qui aurait commandé à Raoul Auger Feuillet une écriture de la danse de manière à être plus indépendant vis à vis de la musique. Et ainsi, la première technique d’écriture de la danse était née ! En 1700, Feuillet sort son ouvrage ” Chorégraphie ou l’art de décrire la Danse […] ” dans lequel il décrit des symboles et des codes qui permettront de noter la danse jusqu’à l’arrivée de la danse moderne

L’écriture procède par une décomposition en éléments simples, qui sont les différentes positions et les différents pas. Feuillet obtient à partir de ces éléments, une figure, puis il indique la cadence. L’écriture s’attache donc d’abord aux figures tracées sur le sol par le danseur. Pour indiquer les positions et les pas, Feuillet utilise des signes bien définis. Exemple ci-dessous :

Les positions des pieds en danse
Partition d’un ballet de danse baroque intitulé “balet”
Partition d’un ballet de danse baroque intitulé “balet”

Comme vous pouvez le constater sur les photos des partitions du ballet “balet”, la partition est très géométrique et stylisée. Elle est aussi toujours très rythmée par la partition de musique qui se situe juste au dessus. (Chaque trait représente le début et la fin d’une mesure)

Pour avoir moi-même déchiffré et dansé une partition en écriture Feuillet (“la bourrée d’Achille” pour les curieux), je dois dire que c’est assez simple et intuitif.

L’évolution de la partition avec l’arrivée de la danse moderne

Jusqu’au XIXe siècle, la danse s’appuie sur un répertoire de pas et de figures avec lequel la danse moderne rompt au XXe siècle (comme expliqué dans mon article “La danse contemporaine expliquée“). Les chorégraphes cherchent alors à forger leur propre langage. Isadora Duncan libère le mouvement à la recherche d’une danse organique tandis que le compositeur Louis Horst forme toute une génération de chorégraphes américains qui vont travailler sur une structuration chorégraphique proche de la structure musicale. Dans les années 1950-1960, les recherches de Merce Cunningham et John Cage affranchissent la chorégraphie de tout cadre (musical, spatial, temporel) et ouvrent un champ infini de recherche. L’improvisation est souvent mise en jeu lors des processus de composition et cet élément alors essentiel du travail de studio peut être conservé jusqu’à la représentation. L’œuvre est ainsi renouvelée partiellement, voire intégralement, à chaque présentation publique.

Ainsi, la notation chorégraphique a été quelque peu abandonnée pendant cette période. Il existe en fait autant de manières de noter la danse que de chorégraphes. Cependant, 3 systèmes de notation ont été retenus et sont toujours utilisés à ce jour, particulièrement la notation Benesch, utilisée par exemple au Het National Ballet d’Amsterdam ou encore au Ballet Preljocaj, en France. Je vais vous les présenter brièvement ci-dessous :

La notation Conté

Musicien et chorégraphe, Pierre Conté décide dans les années 1920 de se servir des acquis de l’écriture musicale pour noter le mouvement. Il conçoit une théorie permettant de conjuguer les facteurs communs à la danse et à la musique avec les données propres au mouvement et à l’espace. Il note ainsi l’ensemble de ses créations chorégraphiques. Après lui, la chorégraphe Francine Lancelot s’est aussi servi de ce système pour fixer certaines de ses créations et transcrire des danses anciennes jusqu’ici conservées en écriture Feuillet.

Partition en notation Conté
Etudes de Michelle Nadal sur la notation Conté

La choréologie ou notation Benesh

Ce système d’écriture a été présenté en 1955 à l’Opéra royal de Londres, et a permis depuis lors de noter et conserver un vaste répertoire représentatif de diverses formes de danse, notamment les ballets classiques. La choréologie utilise des signes abstraits, mais les situe sur une portée de type musical. En France, Régine Chopinot, dans les années 1980, et Angelin Preljocaj jusqu’à aujourd’hui ont utilisé cette écriture.

Exemple de notation Benesh
PArtition en écriture Benesh

La cinétographie Laban

La cinétographie Laban voit le jour en 1928 et sera utilisée dans un premier temps pour consigner des exercices et des danses chorales. C’est Albrecht Knust, danseur et élève de Laban, qui se chargera de développer des solutions adaptées aux situations de transcription concrète de ballets.

Exemple de notation Laban
Partition en notation Laban

Pour aller plus loin :


Voilà, c’est tout pour cet article ! Je n’ai évidemment pas pu détailler tous les types de notations mais j’ai choisi les plus utilisés. Si vous avez des commentaires ou des questions, n’hésitez pas à les laisser en commentaire !

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J'ai 16 ans et je suis un danseur. Je me forme actuellement pour devenir professionnel et je suis toujours en quête de plus de rencontres et d'expériences. J'aimerais vous faire partager sur ce blog, mes expériences et mes ressentis vis à vis du monde de la Danse.
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7 commentaires pour “La partition chorégraphique : son histoire et son évolution

    1. Bonjour Anne, oui, bien sur il est tout à fait possible de chorégraphier sans ces méthodes, c’est d’ailleurs le cas de la plupart des chorégraphes aujourd’hui, avec l’arrivée de la vidéo, seulement une poignée de chorégraphes utilisent ces systèmes.

      En espérant vous avoir aidée, bonne journée ! 🙂
      Eliott

    1. Thank’s Hickory Food ! I’m really happy you’ve enjoyed my article. I have 2 questions for you : Wasen’t the french to hard to understand ? and how did you get to know this blog ?

  1. Bonjour Eliot,

    Je vous remercie pour ce travail très intéressant. Auriez-vous la gentillesse s’il vous plait de m’envoyer le document, en format Word de préférence si vous pouvez, et me donner l’autorisation d’en utiliser quelques extraits que je pourrai insérer dans l’écriture d’un projet de conférence sur la partition chorégraphique. Vous serez bien entendu crédité en tant que source. Si le projet abouti je vous en informerai. Très cordialement. CatherineM

  2. Est il vrai que le ballet La Sylphide -Taglioni na pas bénéficié de notations coreos les adaptations ultérieures sont des reconstitutions sur documents et Archives d’époque Taglioni ?

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