Marie-Agnès Gillot et Carolyn Carlson : une pièce flamboyante

Carolyn Carlson ne compte plus les fois où elle s’est produite au Colisée de Roubaix. Ses pieds connaissent maintenant chaque creux, chaque bosse et chaque écharde de ce parquet. De renommée internationale, elle a rempli la salle dans laquelle tant d’autres artistes se sont produits.

Le spectacle que je suis allé voir s’intitule “Ashes to Embers”, et est composé de trois soli : Diva et Black over Red interprétés par Marie-Agnès Gillot et The seventh man interprété par Riccardo Meneghini, danseur de la Carolyn Carlson Company. C’est avec Carolyn Carlson que Marie- Agnès Gillot a décidé de faire son retour sur scène, après ses adieux à l’Opéra de Paris. 

La lumière s’éteint progressivement, le public se tait, le rideau s’ouvre. Devant un fond bleu se tient Marie-Agnès Gillot, en robe de soirée, et coiffée d’un chapeau. Maria Callas interprète La Mamma Morta. Marie-Agnès Gillot se glisse dans la peau d’une femme distinguée, une diva. Elle exprime tout d’abord sa tristesse, par des mouvements isolés, elle apparaît repliée sur elle-même. Cette tristesse se transforme ensuite en colère, la puissance du geste est amplifiée. Cette interprétation, intense, ne pourrait être mieux interprétée que par Marie-Agnès Gillot, dont le corps possède une énergie hors normes. Sa Danse remplit l’espace de ce sobre décor. La robe de soirée qu’elle porte, très près du corps ne l’empêche pas de danser, au contraire, elle lui permet de chercher à s’évader. La fin du solo se fait sans musique, le fond bleu se transforme en ce qui ressemblerait à une porte lumineuse, avant que la danseuse ne symbolise la fin de son interprétation par un mouvement de poignet.

Le spectacle reprend. Le deuxième solo est interprété par Riccardo Meneghini. Le danseur est de dos au public. Il commence son interprétation doucement, puis elle s’intensifie. Ses chemises, toutes de couleurs différentes, sont ses accessoires principaux, il en change au fur et à mesure du spectacle, et elles correspondent à chacune de ses humeurs. Sa chorégraphie représente un être cherchant à communiquer, tant sa Danse, parfois animale, semble vouloir vous viser directement. Les mouvements sont en réalité presque du Hip-hop, en parfaite adéquation avec la musique. Progressivement s’allume une nouvelle source de lumière derrière le danseur. Elle éclaire le musicien, Guillaume Perret. A ce moment là, le spectateur fait la rencontre non pas d’un, mais de deux artistes sur scène. La musique nous plonge dans une réelle ambiance, et l’on est absorbé par la mise en scène.

On a parfois l’impression que l’interprète, Riccardo Meneghini incarne la chorégraphe de par sa gestuelle et ses expressions. C’est grandiose.

Riccardo Meneghini dans The Seventh Man

La troisième et dernière partie du spectacle est un solo interprété par Marie-Agnès Gillot. A l’ouverture du rideau le public peut apercevoir un décor composé principalement d’une table, lumineuse. J’ai beaucoup aimé la lumière créée par Rémi Nicolas et Guillaume Bonneau, un mélange d’orange et de marron, qui s’associe parfaitement avec la robe rouge de la danseuse, et qui rappelle la braise. La musique devient de plus en plus angoissante, la danseuse elle-même devient flamme. Elle est accompagnée par Jean-Paul Dessy, violoncelliste de renom. Marie-Agnès Gillot, ancienne joueuse de violoncelle semble parfois tenir l’archet. L’osmose créée entre Gillot et Dessy est telle, que les deux pourraient et danser et jouer la musique, ensemble.  Des poèmes s’ajoutent à ce duo mais ne le brisent pas, ils le complètent. Ce solo de Marie-Agnès Gillot, est en fait un duo avec Jean-Paul Dessy, voire même un quatuor avec les voix de Juha Marsalo et de Carolyn Carlson.

Cette magnifique mise en scène a eu lieu au théâtre du Colisée de Roubaix, près de Lille et est situé à quelques grands-jetés de l’école du Ballet du Nord. Cet ancien bâtiment fêtera bientôt son centenaire. 

Inauguré en 1927, le Colisée était au départ un cinéma. C’est cette fonction qu’il a rempli, jusqu’en 1970. En 1983, la salle entreprend des travaux pour devenir un théâtre. La scène est agrandie, des studios de répétitions sont construits en vue d’accueillir le Ballet du Nord. De grands artistes viennent s’y produire comme Barbara, Jacques Brel ou encore Charles Aznavour. En 2004, Carolyn Carlson prend la direction du CCN de Roubaix, les collaborations entre le Colisée et le Ballet du Nord n’ont cessé de croître. Aujourd’hui encore, de très grands artistes viennent au Colisée, Carolyn Carlson bien sûr, mais aussi Angelin Preljocaj ou encore Steve Reich.

Final d’Ashes To Embers

Ashes To Embers est une pièce flamboyante, interprétée par des danseurs à couper le souffle et des musiciens extraordinaires. Une superbe signature de Carolyn Carlson.

Mes remerciements vont à Carolyn Carlson, Riccardo Meneghini, Siham Lahkim et au Colisée de Roubaix.

Hippolyte Pérès

Hippolyte Pérès
Je m'appelle Hippolyte et je pratique la danse classique avec passion depuis l'âge de 8 ans. Je suis rentré à l'école de danse de l'Opéra de Paris en 2015 et y suis resté pendant 4 ans. J'aimerais vous faire partager mon amour pour cet Art, à travers ce que j'écris.
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2 commentaires pour “Marie-Agnès Gillot et Carolyn Carlson : une pièce flamboyante

  1. Bonjour Hippolyte,
    j’ai bien apprécié cet article qui donne réellement envie d’aller voir ce spectacle. Je l’ai d’autant plus apprécié que je suis moi-même un fan de Carolyn Carlson que j’ai vu pour la première fois il y a 37 ans au théâtre de Dijon. C’est assurément toujours une grande dame, et c’est bien ce qui transparaît dans cet article.
    Merci encore et à bientôt de te lire dans master danse.
    Horus Lane.

    1. Bonjour,

      Je suis très heureux que vous ayez apprécié mon article et je suis parfaitement d’accord avec le fait que c’est une grande Dame.

      Bien à vous,

      Hippolyte P.

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