Quand #MeToo entre dans la Danse

#MeToo entre dans la danse, un nouveau documentaire diffusé le mardi 10 mars 2020 sur Arte relate les difficultés qu’éprouvent les danseuses à s’exprimer sur le harcèlement sexuel.

Ce documentaire signé Lena Kupatz et Lina Schienke montre l’ascension du mouvement féministe #MeToo dans le milieu de la Danse. Ce film s’appuie sur 80 témoignages recueillis par Ilse Ghekiere. En janvier 2018, cette danseuse avait publié un article intitulé #WeToo : What dancers talk about when they talk about sexism. Dans le documentaire, les témoignages sont lus par une comédienne, car beaucoup de victimes ont encore peur de s’exprimer.

Quand #MeToo a éclaté, les actrices de cinéma pouvaient révéler ce qu’elles avaient vécu sans craindre que cela nuise à leur carrière. Le statut de danseuse est bien plus compliqué : leur carrière est souvent moins bien ancrée et stable. Le statut de femme artiste y est aussi très bien évoqué ainsi que l’évolution de la danseuse, qui n’a pas le droit de danser du temps de Louis XIV, à la danseuse du XIXème siècle, entretenue par les hommes du public.

L’ensemble du documentaire s’appuie sur la compagnie du Scottish Ballet qui met en oeuvre des moyens pour éviter les agressions sexuelles. Christopher Hampson, le directeur artistique, est chorégraphe et ancien danseur. Il a lui-même été témoin d’agressions sexuelles et veut donc éradiquer cette problématique. Le Scottish Ballet a mis en place un numéro d’appel disponible 24h/24 pour répondre à tout problème en lien avec un chorégraphe, ou un autre danseur. Le tout est financé par la compagnie.

Christopher Hampson

Ce film nous montre aussi que le harcèlement à l’égard des danseurs n’est pas uniquement sexuel : il est aussi moral. Il arrive très souvent que des chorégraphes soient énervés parce qu’ils n’arrivent pas à obtenir le juste mouvement. C’est pour cette raison que le Royal Ballet de Londres a décidé qu’un chorégraphe trop “impulsif” n’aurait plus le droit de remettre les pieds dans la compagnie.

D’après le reportage, l’origine de ces formes de harcèlement vient de l’apprentissage de la vie du danseur à l’école de Danse, où on lui enseigne des règles très strictes (ce qui il y a 30 ans “s’apparentait à du dressage”). Cette obéissance par la peur se ressent toujours chez les danseurs qui ne savent s’en défaire. Il sont aussi très vulnérables lorsqu’ils intègrent une compagnie, à seulement 17 ou 18 ans.

Mettre quelqu’un mal à l’aise, ou lui faire honte, est aussi une façon de le manipuler pour le rendre plus docile.

Ce documentaire nous rappelle aussi le rapport interne réalisé au sein du Ballet de l’Opéra de Paris. Dans ce document confidentiel publié par Le Figaro en 2018, 77 % des danseurs de l’Opéra de Paris disaient avoir été victimes ou témoins de harcèlement moral et 25 % victimes ou témoins de harcèlement sexuel.

Toutes les interventions de Christopher Hampson, Ilse Ghekiere, Dorion Weickmann, ou encore Hélène Marquié nous montrent à quel point la hiérarchie au sein d’une compagnie peut créer de tels problèmes.

Je pense donc qu’il est très intéressant de visionner ce documentaire, car on comprend les réels problèmes qui se cachent derrière les paillettes et les strasses des costumes. Aujourd’hui, de plus en plus de chorégraphes sont mis en cause et il est temps de mettre fin à cette culture du silence.

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Hippolyte Pérès
Je m'appelle Hippolyte et je pratique la danse classique avec passion depuis l'âge de 8 ans. Je suis rentré à l'école de danse de l'Opéra de Paris en 2015 et y suis resté pendant 4 ans. J'aimerais vous faire partager mon amour pour cet Art, à travers ce que j'écris.
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3 commentaires pour “Quand #MeToo entre dans la Danse

  1. Mon très cher Hippolyte,
    Je suis vraiment très content de voir qu’un jeune homme de 15 ans se soucie de la cause de ses collègues danseuses, c’est pour moi une raison supplémentaire d’espérer qu’un jour nous sortirons du paradigme détestable et scandaleux dans lequel notre société est actuellement enfermée. Pour tout dire, c’est un sujet qui me taraude depuis des années, entre les féminicides, les viols, le harcèlement, le sexisme et les inégalités en tout genre, nous baignons tous dans une société lamentablement et désespérément patriarcale. Puisque l’article de Master Danse parle spécifiquement des professionnelles de la danse (ou des élèves cherchant à le devenir), je voudrais apporter mon modeste témoignage puisé dans mon expérience professionnelle (j’ai fait ma carrière en tant qu’ingénieur dans un des plus grands organismes de recherche Français, le CEA, qui est, il faut bien l’admettre, aux antipodes du domaine artistique de Master Danse). Dans ma carrière donc, j’ai côtoyé nombre de Femmes (que j’écris volontairement avec un ‘’F’’ majuscule) qui ont été mes responsables, dont j’ai été le responsable, ou plus simplement qui ont été mes collègues. Plus récemment, je me suis présenté aux élections municipales de mars 2020 sur une liste dont la tête de liste était une Femme. A chaque fois, ces expériences m’ont démontré combien la manière de penser, d’approcher les situations, la sensibilité et l’empathie étaient différentes dès que ‘’l’âme féminine’’ intervient au sein d’une équipe, que ce soit dans les processus de réflexion, de décision, de travail et même de détente. Aujourd’hui, à 60 ans passé, je suis convaincu que le changement de paradigme évoqué plus haut ne pourra s’opérer que par un changement de gouvernance. Je veux dire que partout où cela est possible, il faudrait que les Femmes puissent accéder plus largement au pouvoir (ou à la chorégraphie (ce qui existe déjà, cf article de Master Danse))si nous voulons que notre société évolue vers un monde plus à l’écoute, plus juste, et en quelque sorte plus humain. Entendons nous bien, quand je dis cela, il ne s’agit pas de faire de la discrimination positive (qui existe, soit dit en passant, depuis des siècles pour les hommes) mais simplement de permettre un rééquilibrage homme femme. Pour moi, travailler, lutter pour ce nouvel équilibre, c’est tout simplement œuvrer en tant qu’humaniste et progressiste pour un monde meilleur.

    Signé : Un optimiste convaincu et déterminé, et fier de l’être.

    1. Bonjour,
      Je suis ravi que notre article vous touche ainsi. En effet, dans une monde aussi restreint qu’est celui de la Danse, il faut savoir se soucier des autres. Ici les femmes sont effectivement très touchées en ce qui concerne le harcèlement sexuel. Selon moi il faut que ce sujet ne soit plus un tabou et que l’on en parle. Je le dis d’ailleurs dans mon article, il faut mettre fin à cette culture du silence.
      Bien à vous,
      Hippolyte P.

  2. Bonjour Hippolyte,
    Entièrement d’accord avec la vision de Master Danse qui consiste à promouvoir et donc libérer la parole (celle des femmes notamment). Il s’agit bien, à force d’écouter et d’entendre ces milliers de voies qui s’élèvent de toutes les sociétés et de tous les peuples, de les rendre aussi indispensables que notre propre respiration. Car c’est bien à mon sens ce qu’il faut énoncer; le besoin vital d’une parole libérée pour évoluer vers une société de l’égalité, du respect, du bien être et de la fraternité.
    Petite parenthèse sur la fraternité, voici bien un mot sexué, qui ne me plait pas trop au sein de cette réponse, j’y préférerais des mots plus rares mais au combien plus justes et adaptés à mes propos, comme la sororiėté (équivalent féminin de fraternité) ou encore mieux l’adelphitė (englobant sororiėté et fraternité, c’est à dire les relations solidaires et harmonieuses entre les femmes et les hommes). Des mots qu’il va falloir à l’évidence exhumer du dictionnaire et promouvoir dans les années qui viennent…
    Bien à vous, les lecteurs et rédacteurs de master danse, les danseuses et les danseurs de tous horizons, et plus largement, les femmes et les hommes de liberté.

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